Faire des déchets une opportunité : la chantre du centre de recyclage des déchets solides

Mai 5, 2022
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Rajaa cache ses difficultés du mieux qu’elle peut en arborant un large sourire sur un visage déterminé. Dans le camp de réfugiés de Za’atari, cette mère célibataire d’un enfant a du mal à joindre les deux bouts alors qu’elle s’apprête à passer son neuvième hiver dans le camp. Depuis quelques années, les choses se sont pourtant améliorées : Rajaa a trouvé un emploi au centre de recyclage des déchets solides exploité par Oxfam et financé par le Fonds fiduciaire régional de l’UE en réponse à la crise syrienne (Fonds Madad). Après de longues années de désespoir, cette opportunité a fait briller une lueur d’espoir pour la famille, qui peut désormais s’offrir tous les produits de première nécessité.

« Ici, l’hiver n’est pas facile. Il nous apporte son lot de dépenses supplémentaires et de stress », explique Rajaa, qui a fui Dara’a, une ville du sud de la Syrie, en 2013. Dans le camp de Za’atari, la jeune femme de 30 ans est désormais le seul soutien de son foyer, qui compte neuf personnes, dont ses parents, ses frères et sa fille de six ans, Malak. « Quand nous sommes arrivés, nous vivions dans une tente. Comme nous n’avions pas de chauffage, nous avions l’habitude de nous serrer les uns contre les autres sous des couvertures pour nous réchauffer », se souvient Rajaa, ajoutant que, même dans la caravane en tôle où ils vivent maintenant, « l’hiver en exil est bien plus rude que chez nous. La pluie ressemble à des pierres qui tombent sur le toit en tôle et le vent s’infiltre par les fissures. Ce bruit me rappelle celui des bombes . » Un bruit qu’elle n’oubliera jamais. « Mon père est entré dans notre maison et nous a dit de faire nos bagages parce que nous devions fuir le pays. Je n’avais jamais rien éprouvé de pire. Nous partions pour l’inconnu. » Malgré ces difficultés, Rajaa a réussi à s’en sortir et est aujourd’hui déterminée à conserver son indépendance. « Après mon divorce, je suis revenue au camp et j’ai accouché ici. C’était très difficile, tant sur le plan psychologique que financier. Il fallait donc que je fasse quelque chose, je ne pouvais pas rester assise les bras croisés. »

Résilience et détermination : une voie vers le travail

Rajaa s’est inscrite à plusieurs ateliers et formations dispensés dans le camp par des organismes d’aide, puis a réussi à décrocher un emploi dans une ONG travaillant dans le camp. Elle a été la toute première femme à travailler en tant que chef d’équipe au centre de recyclage des déchets solides exploité par Oxfam. Géré en coopération avec l’Agence allemande de coopération internationale (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit, GIZ), ce centre fait partie d’une initiative mise en place par Oxfam pour recycler les déchets du camp tout en donnant du travail aux réfugiés et en réduisant le volume des déchets acheminés vers les décharges. Il est financé par l’Union européenne, par le biais du Fonds fiduciaire régional de l’UE en réponse à la crise syrienne (Fonds Madad), et par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement. Grâce à son salaire, Rajaa parvient à faire face aux dépenses supplémentaires occasionnées par l’hiver, comme le chauffage, le transport et les vêtements chauds. « Même si c’est difficile, j’arrive à m’en sortir. D’autres dans le camp sont moins chanceux. » Elle estime qu’elle a « de la chance » de pouvoir se permettre ces dépenses et l’achat d’autres articles, « alors que beaucoup ne le peuvent pas ».

 

L’Union européenne et la Syrie

L’UE et ses États membres sont les principaux bailleurs d’aide internationale destinée aux populations affectées par le conflit syrien. Depuis le début de la crise en 2011, l’UE a débloqué plus de 25 milliards d’euros pour soutenir les Syriens les plus vulnérables, tant à l’intérieur du pays que dans l’ensemble de la région. L’UE a organisé cinq années de suite, de 2017 à 2021, des conférences visant à améliorer les perspectives de la Syrie et de la région. Ces conférences ont été les principaux événements de donation organisés dans le cadre de la crise syrienne. En 2021, la Commission européenne a mobilisé 141 millions d’euros d’aide humanitaire pour apporter un soutien vital à des millions de personnes en Syrie. Outre sa contribution initiale de 130 millions d’euros, la Commission a distribué pour plus de 10 millions d’euros d’aide aux victimes de graves pénuries d’eau et de la sécheresse dans le nord de la Syrie. Le financement aide aussi à soutenir la population durant l’hiver. Un million d’euros supplémentaire a été attribué à la gestion de la crise de la COVID-19.

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