StoryLab CONNECT: Un espace sûr pour les femmes journalistes au Caire

Janvier 8, 2026
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Organisé dans le cadre des 16 jours d’activisme contre la violence à l’égard des femmes, l’événement ne se voulait ni traditionnel ni formel. Il s’agissait plutôt d’un espace sûr, ouvert à l’échange, au soutien et au partage d’expériences, où l’accent a été mis sur le rôle des femmes journalistes dans la production d’une couverture médiatique plus consciente et plus équitable, en cohérence avec les objectifs de Media Connect visant à soutenir et à autonomiser les jeunes professionnels des médias. Au cours de la journée, une présentation du programme EU Neighbours South et de l’initiative Media Connect a été proposée, avec une explication pratique de leur fonctionnement, du public cible et des opportunités offertes aux jeunes journalistes des pays du sud de la Méditerranée. Les échanges ne se sont pas limités à la présentation de l’initiative, mais ont également porté sur les défis quotidiens auxquels sont confrontées les femmes journalistes dans la région, allant du manque de ressources aux pressions professionnelles et éditoriales. Lors de la session consacrée au journalisme constructif, animée par Samar Sabri et Lia Rami, la discussion est passée des concepts théoriques à la pratique, en mettant l’accent sur la production de contenus responsables qui ne se contentent pas de relater les faits, mais les replacent dans leur contexte social et humain, sans simplification ni justification.

Une formation pratique sur la couverture de la violence à l’égard des femmes

La partie pratique de la journée a constitué un véritable tournant pour de nombreuses participantes. À travers des simulations de situations réelles, les journalistes ont été formées à la préparation de reportages sur la violence à l’égard des femmes, dans le respect de la dignité des victimes et de leur sécurité psychologique. Les discussions ont mis en exergue des erreurs fréquentes dans la couverture médiatique, telles que l’utilisation d’un langage suggérant la culpabilisation de la victime ou la publication de détails inutiles. Cette formation a permis aux participantes de tester leurs choix éditoriaux dans un environnement sécurisé et de comprendre l’impact de chaque question et de chaque formulation sur les personnes concernées par l’histoire.

Session Open Heart : témoignages et expériences personnelles

Lors de la session Open Heart, animée par Lara Farouk, le rythme de la journée a changé. Les échanges ont quitté le cadre de la formation pour devenir un espace de confidences sincères, où les journalistes ont partagé des récits de discriminations explicites ou implicites sur leur lieu de travail, ainsi que des pressions exercées sous des appellations présentées comme « normales » ou comme faisant « partie du métier ». Certains témoignages ont révélé l’impact de ces expériences sur la confiance en soi et les parcours professionnels, notamment dans un contexte culturel qui encourage parfois le silence plutôt que la confrontation. La session n’a pas apporté de solutions toutes faites, mais elle a brisé l’isolement des expériences individuelles et les a transformées en un débat collectif.

Sécurité numérique et protection des femmes journalistes

Face à la montée des risques numériques, une partie de la journée a été consacrée à un atelier sur la sécurité numérique animé par Noha Lamloum. L’atelier s’est concentré sur des pratiques simples mais essentielles, telles que la gestion des mots de passe, la protection des comptes sur les réseaux sociaux et la manière de faire face aux tentatives de piratage ou de harcèlement en ligne. À travers des exercices pratiques, de nombreuses participantes ont découvert de réelles lacunes dans leur présence numérique. L’objectif n’était pas d’instiller la peur, mais d’autonomiser les femmes journalistes afin qu’elles prennent le contrôle de leurs outils numériques et comprennent que la sécurité professionnelle aujourd’hui ne peut être dissociée de la sécurité en ligne.

Le fil conducteur entre les différentes sessions a été la volonté de transformer des expériences difficiles en savoirs pratiques. Comment une journaliste peut-elle couvrir un sujet douloureux sans reproduire la violence ? Comment protéger ses sources dans un contexte sensible ? Et comment trouver l’équilibre entre le droit du public à l’information et le droit des individus à la protection ? Ces questions n’ont pas été abordées de manière théorique, mais à travers des exemples concrets et des échanges directs, faisant de la formation un espace propice au développement de compétences applicables dans les  salles de rédaction. 

 

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Thématiques
Genre Jeunesse Médias