L’espoir renaît dans les communautés au Liban grâce au partenariat entre l’UE et l’UNICEF pour l’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène

Mai 5, 2022
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Regardant sa petite-fille avec des yeux protecteurs, Ibtisam hésite à se confier sur les difficultés qu’elle rencontre pour s’occuper de Karen, 10 ans. « Karen avait pris l’habitude de me regarder faire bouillir de l’eau pour qu’elle puisse se laver. Bien souvent, nous ne pouvions pas laver ses vêtements pour l’école et elle ne comprenait pas pourquoi », se souvient-elle, soulagée que ces difficultés ne soient plus qu’un lointain souvenir. Grâce au soutien généreux de l’Union européenne, l’UNICEF a pu mettre en œuvre une série d’initiatives pour améliorer l’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH – Water, Sanitation and Hygiene) dans différentes villes du Liban, dont Mazraat el Chouf, où vivent Ibtisam et sa famille.

« Avant, Karen vivait à Beyrouth, où elle était habituée à vivre avec de l’eau et à être toujours propre. Elle n’a jamais compris pourquoi, jusqu’à présent, nous ne vivions pas de la même façon ici », explique Ibtisam, qui s’est installée il y a quelques années à Mazraat el Chouf, une zone rurale du Mont-Liban. Cette décision n’a pas été facile à prendre, car elle a dû quitter sa maison à Choueifat, au sud-est de Beyrouth, pour échapper au coût de la vie insupportable de la capitale. « Quand nous sommes arrivés, c’était très dur. Je devais acheter de l’eau toutes les semaines, été comme hiver, pour que ma famille ait le sentiment d’avoir une vie “normale” ». Cela restait malgré tout compliqué pour la famille, explique-t-elle. « Cela suffisait à peine pour nos besoins de base. Le linge s’accumulait et nous n’avions jamais assez d’eau pour rincer nos fruits et légumes… Parfois, nous n’en avions même pas pour nous laver ! »

Retrouver la dignité grâce au programme WASH

Depuis janvier 2022, tout a changé pour Ibtisam et ses proches. Ibtisam et quelque 458 000 personnes bénéficient désormais des retombées du programme WASH de l’UNICEF, qui soutient l’Établissement des Eaux de Beyrouth et du Mont-Liban (EBML). Grâce à des fonds de l’Union européenne, l’UNICEF a entrepris de réparer et d’entretenir 70 stations de pompage d’eau, ce qui permet de fournir de l’eau à la population pendant deux heures environ chaque jour. « Les choses se sont améliorées. Jusqu’à présent, l’approvisionnement en eau n’était pas fiable. Mais depuis le début de ce programme, nous avons de l’eau courante dans la maison », explique Ibtisam. Ses yeux se mettent à briller lorsqu’elle évoque la joie de Karen profitant d’une douche chaude « et désormais, quand elle le souhaite ». La grand-mère espère maintenant qu’elle n’aura plus à acheter de l’eau pour pouvoir garder cet argent dont elle a tant besoin pour se procurer d’autres produits essentiels comme du carburant. « Sans eau, la vie est très dure. C’est notre premier besoin vital ».

Résoudre un problème structurel

Le maire de Mazraat el Chouf, Yehya Abu Karoum, partage cet avis. « Nous avons longtemps souffert des pénuries d’eau, comme d’autres villes au Liban. Mais la situation s’est nettement détériorée quand des groupes de personnes ont commencé à arriver de Beyrouth pour s’installer ici afin d’échapper à la crise financière. » Outre les pénuries d’eau, toute l’infrastructure devait être réparée. « Les nombreuses défaillances du réseau d’approvisionnement en eau et l’augmentation des réparations urgentes ont aggravé les pénuries. Même lorsque nous avions de l’eau dans les réservoirs de la ville, le manque d’électricité produite par l’État et de diesel pour alimenter les générateurs des pompes privées était devenu un énorme problème. Nous étions déjà débordés. Nous ne pouvions tout simplement pas résoudre le problème nous-mêmes. »

De l’eau pour une vie décente

Le maire explique que la vie a repris dans le village grâce au programme WASH. « L’UNICEF et des bailleurs de fonds comme l’UE ont joué un rôle très important dans la résolution de nos problèmes d’eau. » Une réalité confirmée par Younes Jermani, chef du département de la distribution d’eau à Aley au sein de l’EBML. « Le manque d’électricité, notre incapacité à effectuer l’entretien de routine et les bas salaires n’ont fait qu’aggraver la situation. Avec la crise du dollar, nos problèmes ont pris de l’ampleur. » Au-delà d’une solution temporaire, le partenariat entre l’UE et l’UNICEF vise à donner aux quatre établissements régionaux de distribution d’eau les moyens de continuer à exploiter et à entretenir eux-mêmes les infrastructures à l’avenir pour qu’ils puissent approvisionner les familles comme celle d’Ibtisam. Résoudre efficacement les problèmes structurels, tels que les fuites et l’exécution de réparations efficaces, est le seul moyen d’aider la population libanaise et les réfugiés syriens à avoir une vie décente et digne.

 

L’Union européenne et la Syrie

L’UE et ses États membres sont les principaux bailleurs d’aide internationale destinée aux populations affectées par le conflit syrien. Depuis le début de la crise en 2011, l’UE a débloqué plus de 25 milliards d’euros pour soutenir les Syriens les plus vulnérables, tant à l’intérieur du pays que dans l’ensemble de la région. L’UE a organisé cinq années de suite, de 2017 à 2021, des conférences visant à améliorer les perspectives de la Syrie et de la région. Ces conférences ont été les principaux événements de donation organisés dans le cadre de la crise syrienne. En 2021, la Commission européenne a mobilisé 141 millions d’euros d’aide humanitaire pour apporter un soutien vital à des millions de personnes à l’intérieur de la Syrie. Outre sa contribution initiale de 130 millions d’euros, la Commission a distribué pour plus de 10 millions d’euros d’aide aux victimes de graves pénuries d’eau et de la sécheresse dans le nord de la Syrie. Le financement aide aussi à soutenir la population durant l’hiver. Un million d’euros supplémentaire a été attribué à la gestion de la crise de la COVID-19.

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