Coffee Talk à Békaa : une ambitieuse jeunesse en soif de perspectives

Juin 27, 2022
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Pour son 2ème Coffee Talk au Liban, l’Union Européenne est allée à la rencontre de jeunes dans la Békaa, une région rurale et agricole du centre du pays. L’occasion de discuter avec eux, de tendre l’oreille à leurs aspirations et préoccupations et de les initier aux activités de l’UE au Liban.

 

Jeudi 16 juin, ils étaient une trentaine de jeunes étudiants et activistes communautaires, tous originaires de la Békaa et âgés entre 18 et 30 ans, à assister au 2ème Coffee Talk organisé par le programme européen EU Neighbours South, la Délégation de l’Union européenne au Liban et le point focal INJAZ LEBANON. S’inscrivant dans le cadre du réseau EU Jeel Connect (jeel signifie génération en arabe) déployé dans 8 pays du voisinage Sud, cet événement s’est déroulé dans un cocon calme et paisible, à savoir la laiterie de Taanayel, là où l’environnement est préservé et où les usines de fabrication de produits laitiers fonctionnent à l’énergie solaire. Le Coffee Talk a été riche en discussions et a permis aux représentants de l’Union européenne de présenter les activités de l’UE dans le pays et précisément celles dédiées aux jeunes et ce, dans différents secteurs à l’instar de l’environnement, de l’autonomisation des femmes, de l’agriculture, des start-ups mais aussi le programme Erasmus. Les jeunes, de leur côté, ont parlé de leur quotidien, de leurs centres d’intérêt, de leurs ambitions, de leurs préoccupations et de leur espoir d’un lendemain meilleur dans un pays qui fait face à l’une des plus importantes crises économiques des temps modernes (selon un rapport de la Banque Mondiale). Rein Neiland, Chef de la coopération au sein de la Délégation UE à Beyrouth, a souligné l’importance de la politique de voisinage énumérant les divers secteurs que l’Europe soutient au Liban. « Il est très important pour nous d’avoir l’opinion des jeunes sur leur quotidien, sur leur perception de l’Europe et sur leur avenir. A travers les Coffee Talks, la Délégation de l’UE veut soutenir les jeunes et les aider à construire un meilleur Liban », a-t-il ainsi déclaré.

Parmi les participants au Coffee Talk à Békaa, Rayan, Jennifer, Elie et Moussa Elissa. Voici leurs témoignages :

 

Jennifer Namoura : « Contrairement à beaucoup de jeunes, je ne veux pas partir à cause de la crise »

 

Jennifer a 24 ans. Elle détient un master en biologie moléculaire et prépare actuellement un deuxième master en marketing. Pour elle, la rencontre avec les représentants de l’Union européenne est très bénéfique. « Nous avons écouté avec intérêts leurs messages et découvert des projets dédiés à la jeunesse. Nous avons également appris qu’ils pourraient nous soutenir dans nos projets à venir. Être ici aujourd’hui et entendre parler de l’Europe est très important pour moi », confie-elle avant d’ajouter : « Je rêve de lancer ma propre entreprise et j’espère réaliser mon objectif avant l’âge de 30 ans ». Durant le confinement, la jeune femme, qui vit dans la ville de Zahlé (la capitale du district de la Békaa) et actuellement prospectrice d’une compagnie pharmaceutique, a beaucoup travaillé sur elle-même. « Alors que tout été fermé, j’ai pris des cours en ligne pour développer mes connaissances et c’est ainsi que j’ai su que je voulais devenir entrepreneuse », explique-t-elle. Jennifer a déjà travaillé dans le domaine social, dans un pays en proie à la crise économique. Elle a lancé son initiative de recyclage de sacs en plastique dans sa ville de Zahlé. « Je rêve d’un Liban où je vivrai en sécurité, où je pourrai mettre en place mes projets.  Contrairement à beaucoup de jeunes, je ne veux pas partir à cause de la crise. Je trouve que nous constituons un formidable potentiel et avons une vraie possibilité de changer les choses ici », note-t-elle. 

 

Moussa Kabbouchi : « Je rêve d’un pays où tout le monde aura les moyens de vivre dignement »

 

Après avoir obtenu un diplôme d’infirmier, Moussa, 26 ans, suit des cours de gestion d’entreprises. A l’instar de la plupart des jeunes présents à la réunion de Taanayel, il a travaillé auprès d’ONG nationales et internationales. Il a aussi lancé sa propre initiative regroupant des jeunes de son village de Ferzol, dans la Békaa, pour préserver l’environnement.  « Avec le soulèvement du 17 octobre 2019, nous avons publié des postes sur Facebook dissuadant les gens de brûler des pneus lors des manifestations pour le bien de leur santé et de l’environnement.  Notre post a fait le buzz sur les réseaux sociaux et est devenu viral. Cela nous a encouragé à poursuivre sur la même lancée, malgré le confinement, et à organiser des activités au village plus tard », dit-il. Le jeune homme explique que son groupe a commencé à trier et revendre les déchets en plastique, en verre et en carton. « Avec les sommes collectées, nous avons aidé des familles dans le besoin », ajoute-t-il. Dans un pays où les crises économique et sanitaire sont très préoccupantes, Moussa et son groupe ont réussi, grâce à diverses collectes des fonds, à assurer en 2020, des médicaments à 47 familles. « Aujourd’hui nous sommes chargés d’assurer les médicaments de dix enfants du village atteints du diabète », dit-il, non sans beaucoup de fierté.

Il rêve d’un Liban « où il n’y aurait plus d’injustices, où les gens seraient égaux et où tout un chacun aurait vivrait dignement ».

Elissa Wassef: « Je suis jeune et la vie est devant moi. Grâce à mon travail je peux changer les choses »

 

Elissa a 22 ans et des idées pleins la tête. Etudiante en psychologie, elle a, depuis des années, travaillé pour se faire de l’argent de poche. « Mon père est décédé quand nous étions petits et c’est ma mère, ouvrière dans une usine de la Békaa, qui s’est toujours chargée de nos besoins», raconte-t-elle. Quand la crise économique a débuté, Elissa était serveuse dans un café de sa ville de Zahlé. «Mon salaire ne suffisait plus. Il fallait aussi aider ma mère. Je me suis mise à confectionner des sirops de café et des sauces que je vendais à des particuliers. J’ai ensuite – avec l’aide de ma mère – préparé des confitures que je vendrais dans de beaux bocaux. Quand j’ai commencé j’avais en poche 100.000 livres (environ 4 euros). Les choses ont changé depuis. Aujourd’hui, je vends mes pots de confitures dans des boutiques, des restaurants et des supermarchés de la ville. J’encourage ma mère à quitter son travail à l’usine pour travailler avec moi à temps plein », raconte Elissa, qui a été soutenue dans son initiative par INJAZ Lebanon. « Je suis fière de ce que j’ai fait. Je suis jeune et la vie est devant moi. Grâce à mon travail et à ma persévérance, je peux changer les choses !», assure-t-elle, confiante.

 

Elie Kfoury: « Si les jeunes ne vont pas de l’avant, le pays sera vraiment perdu »

 

A 19 ans, Elie, originaire de Terbol et volontaire dans plusieurs organisations, est étudiant en gestion hôtelière. Il croit « au changement et au dialogue entre les jeunes pour parvenir à construire un meilleur Liban. Pour lui, cette réunion avec les représentants de l’Union européenne est très importante. Leur présence à la Békaa montre que nous avons de l’importance et que l’Europe peut soutenir nos initiatives. Ils veulent que nous soyons le moteur du changement et ils n’ont pas tort car si les jeunes ne vont pas de l’avant, le pays sera vraiment perdu. C’est à nous, jeunes, de sortir le Liban de la crise », assure-t-il.

 

Rayan Mahfouz : « Le sport est un excellent outil d’ouverture et d’unité »

 

Originaire de Machghara, Rayan, 26 ans, détient un master en économie. Depuis qu’il est tout jeune, il s’intéresse au sport. Il estime que « dans un pays comme le Liban, riche par sa mosaïque sociale et religieuse, le sport peut être un excellent outil d’ouverture et d’unité parmi les jeunes ».

Rayan s’intéresse aussi à la communication. « J’ai commencé à pratiquer le basketball à l’âge de sept ans. Ensuite je suis devenu photographe et commentateur de matchs », raconte-t-il. « Le sport rapproche les personnes et fait tomber les barrières. Les individus d’une même équipe se retrouvent soudés, avec un objectif commun loin des tiraillement politiques et communautaires », dit-il. 

EU JEEL CONNECT : Connecter, Agir & Diriger !

EU JEEL CONNECT est un réseau regroupant des jeunes de la région du voisinage du Sud, dirigé par de jeunes leaders d’opinion d’Algérie, d’Égypte, de Jordanie, du Liban, de Libye, du Maroc, de Palestine* et de Tunisie. EU Jeel Connect est une initiative mise en place en partenariat avec huit points focaux dans huit pays. Chaque point focal dispose d’une vaste expérience en matière de collaboration avec les jeunes de son pays et de mobilisation de ces derniers, afin de leur donner la parole et de défendre les causes qui revêtent un intérêt pour l’UE et les jeunes. Les points focaux organiseront une série d’événements et d’activités dans leur propre pays, invitant des jeunes de différents milieux et régions à se joindre à eux, à en apprendre davantage sur l’UE et sur Jeel Connect, et à devenir au final des « connecteurs EU Jeel ».

INJAZ Lebanon : 100 ans d’exploit

INJAZ Lebanon est une organisation à but non lucratif qui se consacre à l’éducation des
étudiants dans les domaines de la préparation au marché du travail, de l’esprit d’entreprise
et de l’apprentissage financier par l’intermédiaire de programmes pratiques et
expérimentaux, afin de promouvoir une culture de l’entrepreneuriat et de l’innovation
commerciale chez les jeunes Libanais et d’améliorer leurs connaissances économiques et
financières. INJAZ Liban est une filiale d’INJAZ Al-ARAB et de Junior Achievement
Worldwide, la plus grande organisation éducative au monde vouée à la préparation à la vie
active, à l’esprit d’entreprise et à l’éducation financière. Elle accueille chaque année
9,3 millions d’étudiants, de la maternelle à la terminale, dans 123 pays.

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